Fleuristes : un métier de passion qui s’adapte aussi à l’ère 3.0

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Qu’est-ce qui fait le quotidien d’un fleuriste ? On le connaît souvent bien, dans le quartier ou la zone d’activité du coin, parce que son pas de porte est toujours bien garni, parce qu’il est ouvert tôt le matin, tard le soir, le dimanche et les jours fériés, et parce que c’est lui qui nous conseille pour la fête des mères, la Saint-Valentin, les semis du printemps ou le dîner chez les Dupont. Mais ce commerçant qui semble toujours disponible dans son décor de nature, quelle est sa « vraie vie » en coulisses ? Quelles études faut-il pour travailler dans les plantes ou les fleurs ? Quel parcours professionnel peut-on espérer lorsqu’on est embauché par une grande enseigne du secteur ?

 

Même si la plupart des fleuristes ont choisi ce métier par passion, et pour le plaisir rare de vivre ses journées au milieu des fleurs et d’y travailler une matière première fascinante et vivante, c’est aussi une profession exigeante, et qui requiert beaucoup d’abnégation et de patience : « travailler la fleur c’est savoir maîtriser un produit fragile par définition, avec un savoir-faire qui s’apprend, s’approfondit tout au long de la vie et se transmet », explique Gaelle, fleuriste chez Truffaut, près de Lille dans le Nord. « C’est aussi être à la fois artiste et commerçant, ce qui n’est pas évident tous les jours : il faut savoir faire du marketing pour plaire aux clients et faire marcher son affaire, mais il faut savoir aussi répondre à un besoin du consommateur très humain, on travaille sur le registre de l’émotionnel : offrir des fleurs ce n’est pas la même chose si on va à un mariage ou un enterrement, si on répond aux convenances pour dîner chez sa belle-mère ou si on aime vraiment profondément et sincèrement sa belle mère ! En général on offre un message avec des fleurs, et c’est une partition différente pour chaque client, au fleuriste de savoir interpréter ».

 

Le fleuriste, c’est aussi le maillon d’une chaîne économique, entre son fournisseur, l’horticulteur, et le client. Ce qui signifie qu’en général, ses journées sont bien chargées ! Elles commencent, chaque jour de la semaine, par la tournée, à l’aube, sur les marchés de gros, à Rungis par exemple, pour l’approvisionnement du jour : la fleur fraîche est exigeante et ne supporte pas le stockage, il faut renouveler tous les jours. Hors des marchés spécialisés, il faut aussi garder du temps pour visiter les horticulteurs avec lesquels on travaille au jour le jour et selon les saisons. Ou encore, pour démarcher les prestataires de service qui assureront les livraisons : prospecter les entreprises de transport, faire une mise au point régulière sur la qualité des prestations, vérifier que les clients sont satisfaits, développer son secteur…. Ensuite, sur le lieu de vente, la « deuxième journée du fleuriste » commence, souvent vers 8 heures du matin : réception des commandes, inventaire, entretien des plantes et des fleurs (coupe, nettoyage, arrosage, composition des bouquets, de la vitrine, rayons pour les accessoires et produits d’entretien, sortie des fleurs et arbustes en pots exposés à l’extérieur, comptabilité, gestion… Le fleuriste ne s’ennuie jamais ! Entre des horaires d’ouverture très larges, tôt le matin jusque tard le soir, mais aussi le week-end et les jours fériés, c’est l’un des secteurs de la distribution et du commerce dont les amplitudes sont les plus élevées.

 

Mais le fleuriste doit aussi prendre en compte les changements d’habitudes des consommateurs, l’ère du tout numérique, et la concurrence, même pour les fleurs, des géants d’internet. Le secteur regorge heureusement de jeunes passionnés qui débordent d’idées pour moderniser leur activité et diversifier leur offre : comme Sophie, parisienne dynamique d’une trentaine d’années, qui a monté sa start-up de « box fleuries », en surfant sur le succès des fameuses box, ces boîtes que l’on reçoit une fois par semaine, par mois ou par trimestre, sur une thématique choisie et qui nous réserve à chaque fois la surprise : vêtements, maquillage, fooding, décoration, design, il en existe de toutes sortes désormais… mais les fleurs, tout de même, il fallait oser ! C’est chose faite : aujourd’hui on peut se faire livrer, à un rythme hebdomadaire ou mensuel, un joli bouquet de fleurs fraîches.

 

« La distribution de produits frais évolue à la vitesse de la lumière, avec des révolutions logistiques quasiment quotidiennes, des prouesses de livraisons toujours plus rapides, plus souples, mieux adaptés aux profils des clients. Les fleuristes ne pouvaient pas rester dans leur coin en attendant que ça se passe ! », plaisante Sophie. « J’ai eu cette idée de fleurs fraîches, à force d’entendre des mères de famille actives expliquer qu’elles n’avaient plus le temps de flâner en boutique pour choisir un bouquet dont elles attendraient que le fleuriste le compose en arrière boutique pendant, peut-être 5 ou 10 minutes… trop long, aujourd’hui, pour le consommateur ! Et il veut de la surprise. Etre surpris par son bouquet toutes les semaines ou tous les mois pour retrouver les sensations et le plaisir d’une saint-valentin, d’un anniversaire ou d’une fête des mères, mais plusieurs fois par an. C’est ça la clé aujourd’hui : le client peut tout avoir, tout de suite. Alors il veut être surpris, il veut que l’acte d’achat se transforme en petite fête à chaque fois qu’il va ouvrir au livreur et découvrir ce qu’on lui a concocté ».

 

Autre innovation pour répondre à la demande du « client 3.0 » : « répondre aussi à son militantisme pour le développement durable, l’écologie, la préservation des ressources. Aujourd’hui, de plus en plus de consommateurs réalisent que le bouquet de fleurs du coin vient parfois de l’autre bout du monde et a déjà une dizaine de jours, ils veulent du plus frais, du local, du moins polluant en termes de transport et de logistique. Du coup je mets en avant dans ma communication le fait de ne travailler qu’avec des horticulteurs autour de Paris, pour des bouquets de saisons, peut-être moins colorés parfois, en automne ou en hiver, mais très poétiques, avec des fleurs méconnues du grand public, parfois carrément oubliées, et pourtant presque sauvages, ravissantes ».

 

Quelle formation et quelles compétences pour être fleuriste ? Il faut être  créatif, faire preuve d’imagination pour des compositions florales réussies, posséder évidemment de bonnes connaissances en botanique, et des qualités d’empathie pour répondre de manière personnalisée aux demandes des clients, et savoir aussi les conseiller pour l’entretien de la plante ou des fleurs achetées. Les formations pour travailler dans la filière fleurs : un CAP fleuriste pour commencer, avec possibilité de poursuivre des études avec des filières de  qualification supplémentaires sur 2 ans, en technique, art floral et gestion. Ces filières permettent de décrocher le brevet professionnel (BP), le brevet technique des métiers (BTM) ou un brevet de maitrise (BM). Ces formations peuvent encore être complétées par des diplômes comme le bac pro productions horticoles et productions florales, le bac pro conseil et vente en produits de jardin, le BTSA productions horticoles pour devenir responsable de boutique, de chaîne ou grossiste en horticulture, et encore le BTSA technico-commercial champ professionnel jardin et végétaux d’ornement, pour gérer toute la chaîne de distribution en jardinerie. Au niveau de la rémunération, le fleuriste touche au début le Smic mensuel, aux alentours de 1500 euros, mais ensuite, les évolutions professionnelles ou le fait de se mettre à son compte peuvent permettre de gagner davantage, jusque 4 000 € par mois.

 

 

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