Jardineries et glyphosate : quels produits peut-on vendre et que dit la loi ?

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Alignés sur les étagères des magasins de jardinerie, les flacons d’herbicides à base de glyphosate restent légion. Mais depuis un an et quelques jours, ils ne sont plus autorisés à la vente en libre accès ; depuis le 1er janvier 2017, il faut impérativement passer par un vendeur, qui, comme pour l’alcool délivré aux clients dans les grandes surfaces par exemple, vous ouvre les portes de la vitrine contenant ces biens de consommation désormais très strictement encadrés.  C’est la loi sur la transition énergétique du 17 août 2015 qui a jugé cette transition nécessaire, pour des produits jugés « dangereux sans délivrance d’un conseil adapté ». Les jardineries et les grandes surfaces sont donc légalement tenues, depuis un peu plus de 12 mois, d’accompagner les clients avec « recommandation personnalisée » et de ne plus délivrer les désherbant que sur demande. Et les produits ne contenant pas de glyphosate ne sont pas exemptés de cette obligation : tous les composants phytosanitaires sont concernés.

 

En matière de pesticides, d’autre part, la loi les a aussi banni dès début 2017 pour les espaces publics, et les jardineries doivent savoir que dans un an, au 1er janvier 2019, ils seront aussi interdits à la vente pour les particuliers. Après avoir dû s’adapter à la disparition de très gros clients comme l’Etat, les établissements publics, les collectivités locales, qui doivent désormais utiliser des alternatives bio ou des techniques manuelles pour remplacer les produits phytosanitaires dans l’entretien des espaces verts, des forêts ou des routes et chemins de promenade, les professionnels du jardinage vont devoir renoncer à tout un marché encore très rentable : celui des particuliers, qui auront l’interdiction d’utiliser ces pesticides dans leurs jardins mais aussi sur leurs terrasses et même les balcons. Initialement prévu pour entrer en vigueur en 2022, ce texte a donc été avancé de deux ans dans sa mise en application… il faudra donc être vigilant et s’en rappeler l’année prochaine.

 

Ne sont pas concernés par ces mesures les produits dits « de lutte biologique intégrée », ou de « bio contrôle » : selon la définition du ministère de l’agriculture, « des produits de protection des végétaux qui agissent avec des mécanismes naturels inspirés par les relations entre espèces dans leurs milieux d’origine, et qui reposent sur la gestion des équilibres entre populations d’agresseurs et populations agressées, plutôt que sur l’éradication des premières ». Définis par la loi, les produits de bio contrôle sont ceux qui comprennent des macro-organismes (acariens, insectes et nématodes) ou des micro-organismes naturels, des médiateurs chimiques d’origine naturelle comme les phéromones et les kairomones, ou des substances d’origine végétale, animale ou minérale issues de l’environnement. Ils ont bénéficié d’une autorisation de mise sur le marché en accès libre après une évaluation complète des risques pour la santé humaine, la santé animale et l’environnement. Ils profitent aussi de mesures plus favorables pour la publicité.

 

Sont aussi autorisés au même titre les produits jugés « à faible risque », ou « Préparations Naturelles Peu Préoccupantes » (PNPP) comme le purin, et enfin pour les professionnels tous les produits validés pour une utilisation en agriculture biologique. En revanche, sont donc pour l’instant proposés à la vente par un vendeur conseil, et bientôt interdits (janvier 2019) les produits phytosanitaires chimiques, à base de produits considérés comme toxiques, voire potentiellement cancérogènes : fongicides, insecticides, nématicides (contre les vers), acaricides (contre les acariens), herbicides, et au sens large l’ensemble des  biocides d’origine non naturelle.

 

A l’échelle européenne, pour ce qui concerne le glyphosate, l’incertitude est reportée à 5 ans : en 2022, les Etats membres de l’UE se réuniront à nouveau pour prendre la décision – ou non – de renouveler l’autorisation de mise sur le marché dans les pays européens, ce qui vient d’être fait à la surprise générale, étant donné la manière dont le sujet divise intensément les Etats. La France, très réticente à l’utilisation du glyphosate, a de toute façon mis en place une législation suffisamment contraignante pour qu’il disparaisse de lui-même progressivement des rayons. Seuls les agriculteurs français, farouchement opposés à la disparition de produits qu’ils jugent « indispensables » (pourtant responsables, selon plusieurs études, d’un taux de cancers particulièrement élevé chez les professionnels des cultures et de la vigne), pourront continuer à l’utiliser entre 2019 et 2022. A cette échéance, et si le renouvellement n’est pas autorisé, ils devront eux aussi faire sans ces produits, qui devront être retirés du commerce et des exploitations agricoles dans l’ensemble des pays membres de l’Union européenne.

 

D’ici là, de nouvelles études auront peut-être réussi à lever la controverse scientifique qui pèse sur ces produits, jugés inoffensifs par certains experts, notamment de l’Agence Européenne en Charge de la sécurité Alimentaire (EFSA), cancérogènes par d’autres chercheurs, en particuliers ceux de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Cela dépendra aussi, d’ici là, du niveau de puissance des lobbies de l’industrie phytosanitaire (la « Glyphosate Task Force », qui regroupe une quarantaine de producteurs parmi lesquels Monsanto)  par rapport aux ONG et aux mouvements écologistes européens.

 

 

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