Commission d’enquête sur la grande distribution : quelles conséquences pour l’emploi ?


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La Commission d’enquête sur « les pratiques de la Grande Distribution » vient de rendre son rapport, ce mercredi 25 septembre 2019. Objectif des députés qui se sont penchés sur la situation du secteur : faire évoluer les relations commerciales entre les grandes enseignes françaises et leurs fournisseurs (industriels et agriculteurs). Voici leurs propositions, et leurs répercussions possibles sur l’emploi.

 

Présidée par le députée UDI Thierry Benoit (fils d’agricultrice et ancien représentant commercial dans le vin), et qui comprend entre autres Stéphane Travers, ancien ministre LREM de l’Agriculture, et Daniel Fasquelle, député Les Républicains spécialiste en droit de la concurrence, la Commission d’enquête a planché pendant plus de six mois auprès des 400 000 agriculteurs et des 17 000 fournisseurs de la grande distribution, pour rendre 40 pistes de travail destinées à améliorer les relations fournisseurs – grande distribution. Ils pointent essentiellement du doigt un rapport de forces qui gagnerait à être rééquilibré. Ils suggèrent de rémunérer les lanceurs d’alerte qui signaleraient des pratiques abusives, et de créer un nouveau délit : l’abus de position d’achat.

 

« Ce sont des propositions qui ne consistent absolument pas en ce qu’on pourrait nommer du distribashing », se défend un membre de la Commission : « nous avons enquêté en conscience que la Grande Distribution, qui fait travailler près d’un million de salariés en France et vit des périodes difficiles dans la transition entre ses anciens modèles et les nouveaux, ne doit pas être clouée au pilori ni amenée à subir de nouvelles pertes financières injustifiées. Nos propositions visent à supprimer du marché les situations anormales, inappropriées ou illégales au regard de la loi Egalim adoptée il y a un an,  en novembre 2018 » (lire notre article sur le sujet, ndlr).

 

Là où les propositions des députés semblent intéressantes, en matière de création d’emplois, c’est au niveau des centrales d’achat : la Commission propose en effet deux pistes, plutôt favorables à l’embauche en France : d’abord, interdire des concentrations excessives, c’est-à-dire décentraliser les centrales d’achat des grandes enseignes existantes, et remplacer les très grosses centrales  groupées, qui représentent parfois les intérêt de plusieurs dizaines de filiales d’une même maison mère, et qui ont donc un pouvoir immense dans les négociations avec les fournisseurs, pour les remplacer par plusieurs centrales d’achat distinctes et dédiées à une marque ou à une enseigne en particulier, et plus à un groupe ou à des holdings.

 

« Déconcentrer d’énormes unités en une pluralité de moyennes et de petites unités serait créateur d’emploi, c’est évident, puisqu’il faudrait multiplier les postes par le nombre d’entités créées », explique l’Observatoire de la Distribution. « Mais il ne faut pas que la mesure soit trop coûteuse aux grandes enseignes. Elles ne doivent pas avoir à subir la triple  peine d’une hausse des prix des fournisseurs, de nouvelles amendes pour de nouveaux délits, et de dépenses trop importantes pour recréer des centrales d’achat ».

 

« Elles devront nécessairement être aidées par les pouvoirs publics si ces pistes sont retenues, faute de quoi la distorsion de concurrence ne se fera plus à l’avantage mais au détriment des acteurs de la grande distribution et là, les conséquences sur l’emploi seront négatives », complète la Fédération du Commerce et de la Distribution. Qui regrette que «  Le rapport n’évoque absolument pas les initiatives positives envers ses fournisseurs de la grande distribution ces 10 derniers mois : davantage d’achats de produits locaux, des contrats agriculteurs-industriels-distributeurs plus équilibrés, la promotion de la qualité et l’amélioration des étiquetages sur la composition des produits, avec une meilleure sélection en fonction de leurs atouts pour la santé des consommateurs, et surtout de meilleures relations avec les PME, dont les parts de marché augmentent et qui créent de l’emploi grâce à la Grande Distribution ».

 

Et puis deuxième proposition a priori favorable à l’emploi : inciter les grandes enseignes à relocaliser toutes leurs centrales d’achats en France, et non plus en Belgique ou en Suisse, où certaines sont implantées de manière à subir moins fortement les obligations de la nouvelle loi française. « Ramener les entités Eurelec ou Carrefour World Trade en France, en en profitant pour passer d’unités tentaculaires et immenses à plusieurs centrales distinctes pour chaque filiale d’un même groupe, c’est un double levier pour l’emploi en France », explique un autre membre de le Commission.

 

« A terme, c’est peut-être le consommateur qui va régler la facture avec des prix à la hausse en grandes surfaces », estime de son côté l’Observatoire de la Consommation. « Mais cela peut-être vertueux si tout fonctionne bien : des prix à la hausse, si cela signifie de meilleurs bénéfices pour tout le monde, des bénéfices réellement partagés par les agriculteurs, les industriels et les distributeurs, cela créera de la croissance et de l’emploi, donc du pouvoir d’achat, qui permettra aux consommateurs d’absorber l’augmentation des prix. Et ainsi de suite ? C’est le scénario idéal. Reste à le concrétiser et là, la partie n’est pas gagnée ! », conclut un prévisionniste de la Banque de France : « les gains de pouvoir d’achat finissent toujours par se transmettre à la consommation ».

 

 

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