Pourquoi la distribution est un secteur d’avenir pour l’emploi

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Interviewée le 18 juillet 2018 sur le plan social en cours dans les rangs du distributeur Happychic, appartenant au groupe nordiste Mulliez, et aux 466 suppressions de postes (90 fermetures de magasins) dans le groupe de prêt-à porter, Muriel Pénicaud a lancé la petite phrase qui fâche : « on ne peut pas garder les métiers du passé, il faut investir dans la formation et accompagner les travailleurs vers les métiers du futur. La distribution est un exemple très fort de cette mutation des métiers : le développement de l’e-commerce entraîne moins de magasins mais davantage de logistique et de transports ». Enfonçant le clou, la ministre du Travail de comparer la distribution en magasin à la bougie et le e-commerce à l’électricité…

 

Pile au moment où les distributeurs de mode lancent une grande campagne pour promouvoir les métiers du commerce, voilà une déclaration qui passe mal auprès des fédérations concernées : elles ont décidé de répondre à la ministre et de ne pas laisser ternir l’image du commerce physique : « nos métiers de vente se transforment mais ils n’appartiennent pas au passé : nos clients n’opposent pas internet et les magasins, ils utilisent les deux, et c’est pourquoi nos vendeuses et nos vendeurs sont encore plus compétents aujourd’hui qu’hier, parce qu’ils savent travailler en multi canal », explique le CdCF, le Conseil français du Commerce. Qui ajoute que d’après les dernières études réalisées, on estimerait même à 100 000 le nombre de postes de vendeurs et de vendeuses créés entre 2012 et 2022 : «  nous sommes au contraire en plein dans le milieu de la période avec encore plusieurs dizaines de milliers de projets de recrutements dans la vente tous secteurs confondus ».

 

Même indignation et même analyse du côté des centres commerciaux, dont le Conseil national rappelle de son côté que « quasiment 100% des emplois sont des CDI dans les centres commerciaux en France, très précisément 95%, et ce sont des postes non délocalisables : depuis 2008, la demande de vendeurs dans les centres commerciaux a explosé : + 20% sur 10 ans. Cela prouve bien que ce sont des métiers d’avenirs et qu’il y en aura de plus en plus besoin… pensez vous que les grandes enseignes de distribution se risqueraient à embaucher autant et de manière aussi pérenne si c’était demain voué à disparaître ? ». Pour l’UCV, l’Union des Commerces de Centre-Villes, « les postes de vendeurs et de vendeurs sont amenés à évoluer dans un environnement économique qui bouge très vite, certainement pas à disparaître : le magasin physique connaît au contraire un regain d’intérêt de la part des consommateurs, depuis que nous avons mis en place une vraie complémentarité entre le retail et nos sites internet, et formé nos personnels à cette complémentarité. Au contraire de ce qu’affirme la ministre du Travail, plus de 6 Français sur 10 vont d’abord en magasin pour essayer et être conseillés, internet n’intervient éventuellement qu’après. Et contrairement aux idées reçues, plus d’un jeune de moins de 25 ans préfère aller en magasin ».

 

La Fédération Nationale de l’Habillement rappelle, de son côté, avoir mis en place il y a déjà quelques années un vaste plan de formation des personnels de vente dans 40 000 magasins, pour s’adapter aux changements de business modèles. L’Alliance du Commerce, qui regroupe plus de 500 grandes enseignes de l’habillement et de la chaussure, comme Zara, H&M, Monoprix, André, ou encore les grands magasins, et représente plus de 200 000 salariés en France, demande à la ministre de plutôt œuvrer contre la concurrence déloyale de certains grands groupes chinois ou américains, et d’harmoniser enfin les règlements et la fiscalité du commerce et du e-commerce. « Ce serait plus opportun que d’asséner des contre-vérités au moment même où nous cherchons à faire redécouvrir les métiers de la vente aux jeunes qui arrivent sur le marché du travail afin de faciliter nos recrutements ! ».

 

Tous, rappellent encore que si les médias parlent surtout des quelques fermetures de magasins et des quelques plans sociaux qui ont alourdi l’actualité du secteur de la distribution cette année, ils ne doivent pas occulter le fait que de manière générale, c’est un marché sur lequel s’ouvrent encore plusieurs dizaines de points de vente chaque mois en France, ce qui crée des emplois. « Tout comme la généralisation quasi inéluctable du travail le dimanche, qui créera aussi des milliers d’emplois supplémentaires. Certains postes évoluent mais aucun ne disparaît, on demande simplement aux vendeuses de faire davantage de conseil, de recueil des données pour nos statistiques, ou encore de suivi des commandes informatiques, et peut-être moins de caisse, mais globalement nous ne parvenons pas à embaucher assez au regard de nos besoins en quantité et en qualité de main d’œuvre », rappellent les membres de l’Alliance.

 

Qui fournissent encore un dernier chiffre éloquent : 10% des effectifs de la vente en France devraient partir à la retraite d’ici 4 ou 5 ans, ce qui représente là encore des milliers d’emplois à la clé, pour les nouvelles générations. « Nos besoins ne cessent aussi de progresser sur des profils bilingues ou multilingues pour l’accueil et le conseil des touristes étrangers, qui sont de plus en plus nombreux à venir acheter dans les magasins français ». Cela tombe bien : « 1 jeune sur 10 âgé de 15 à 25 ans se destine à une carrière dans la vente en magasin, parce qu’ils savent que les métiers sont variés, de modéliste à cariste en passant par chef de rayon ou gestionnaire de stocks, et aussi parce qu’ils ont compris que nous étions encore l’un des rares secteurs en France qui recrute sans diplôme et sans formations ».

 

 

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