La lutte contre le plastique pourrait créer de nombreux emplois dans la distribution

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C’était déjà lui qui avait initié la fin des sacs plastiques distribués gratuitement dans les grands magasins, il y a plus de 20 ans, bien longtemps avant la disparition de ces sacs par la loi entrée en vigueur il y a deux ans. C’est encore lui qui lance – sans mauvais jeu de mot – une bouteille à la mer cet été contre la pollution des océans par le plastique : Michel Edouard Leclerc, le PDG de l’enseigne de grande distribution éponyme, annonce qu’il veut engager une nouvelle croisade contre le plastique, en écoulant tous les stocks de produits à usage unique, puis en les remplaçant dès 2019 dans ses rayons par des objets à usage multiple et par des produits emballés dans des matières 100% recyclables, comme le papier ou le bambou. Une décision en phase avec les nombreuses publications de l’été sur le réchauffement climatique et la pollution plastique, qui pourrait, avant 2050, atteindre un niveau critique dans les océans : plus de déchets que de poissons !

 

Dès le printemps 2019, les stocks de produits qui ne correspondront pas au nouveau cahier des charges du géant de la grande distribution français, ne seront pas renouvelés. Les fournisseurs devront s’adapter, faute de quoi l’enseigne se tournera vers d’autres prestataires et des produits de substitution. Surtout, Michel-Edouard Leclerc songe à remettre en vigueur dans ses grandes surfaces la pratique de la consigne pour le verre et le plastique, et il appelle ses concurrents à en faire autant : « Viser une place sur le podium européen des enseignes les mieux-disantes en matière de développement durable n’est pas une gageure. C’est un projet collectif d’enseigne et les centres E.Leclerc sont en ordre de bataille pour atteindre cet objectif. Nous avons prouvé depuis plusieurs décennies maintenant notre savoir-faire dans ce domaine bien avant que les politiques publiques ne s’en préoccupent », écrit-il ainsi sur son blog. « Aussi lors de l’Assemblée générale de rentrée il est prévu de lancer notre plan draconien de réduction de l’utilisation des plastiques non recyclables. C’est un travail de filière qui implique tous nos fournisseurs : ceux qui fabriquent nos MDD tout comme les grands industriels qui fabriquent les marques nationales. Dans les deux cas de figure: écoulement des stocks existants et remplacement par des produits réutilisables ou fabriqués avec des matériaux de substitution certifiés (bambou, carton, etc…). Un deuxième volet impliquant également nos partenaires industriels concerne les emballages. Le début des négociations commerciales cette année sera aussi le top départ pour identifier des alternatives au plastique. Enfin un dernier volet concerne le retour de la consigne. Nous sommes en test dans plusieurs centres E.Leclerc : récupération des verres et des plastiques et crédit sur la carte de fidélité des clients. Il y a derrière ce chantier de formidables opportunités économiques pour les entreprises de la filière : récupération, nettoyage… ».

 

De fait, le retour de ce type de pratique étroitement liée à l’économie circulaire pourrait effectivement générer de nombreux emplois dans les grandes surfaces, comme c’est le cas en Allemagne où la consigne est obligatoire et où les enseignes ont créé des emplois pour assurer le fonctionnement de zones spécifiques dédiées : verre, plastique, canettes en métal, il faut du personnel pour récupérer les produits usagés rapportés par les clients et gérer les automates s’il y en a, du personnel pour le tri, du personnel pour scanner les produits une fois trié, du personnel dédié à l’extraction du papier, du plastique ou du métal mêlés au verre, du personnel pour le lavage, le séchage et enfin, du personnel dédié à la logistique de recyclage, en fin de chaîne. Sans compter, derrière, tous les emplois logistiques indirects qui devront être créés dans les centres de recyclage où l’activité augmentera mécaniquement.

 

De tels systèmes existent aussi déjà au Danemark, en Suède, et en Grande-Bretagne où le retour de la consigne a été décidé en mars 2018. Les États membres de l’Union Européenne devront, dans tous les cas, collecter au moins  90% de leurs bouteilles en plastique dans les 5 ans qui viennent, puisque la date butoir est fixée à 2025 – et dans ce cadre, la Commission européenne recommande justement la mise en place de systèmes de consigne. En France, Emmanuel Macron souhaite que soit respecté l’objectif de 100% de bouteilles en plastique recyclées en 2025.

 

« Le verre peut être réutilisé jusqu’à 50 fois », explique un député favorable à la proposition de loi visant à remplacer progressivement les bouteilles en plastique par des bouteilles en verre. « Cela va créer de l’emploi dans les centres de distribution comme les grandes surfaces, mais aussi dans l’industrie de fabrication du verre, chez les transporteurs, dans les cafés, les hôtels et les restaurants, et bien sûr les centres de traitement et de tri, et également les collectivités locales qui auront moins de ramassage d’ordures à payer et pourront dégager du budget pour d’autres postes comme l’emploi. Dans la grande distribution, cela boostera aussi indirectement l’activité puisque le client qui rapporte sa bouteille ne récupérera pas de l’argent, mais des bons d’achat, ce qui devrait favoriser la bonne santé économique des enseignes et donc les inciter à recruter ». En Allemagne, les grandes surfaces ont même créé des systèmes de collecte à domicile, sur le même mode que les livraisons, à la demande des particuliers : avec plusieurs centaines d’emplois à la clé.

 

D’autres enseignes comme Intermarché ont déjà mis ce système de consignes en place dans certaines de leurs grandes surfaces, avec des euros récoltés à chaque bouteille rendue et que le consommateur peut dépenser dans les rayons. A Moissac par exemple, dans le Tarn-et-Garonne, où plus de 50 000 bouteilles sont récoltées chaque mois depuis déjà 4 ans. Elles sont ensuite acheminées vers une brasserie pour les opérations de lavage. Mais les grandes surfaces pourraient très bien, à terme, centraliser tout ou partie de ces opérations dans leurs propres magasins, ou développer leurs propres plateformes logistiques dédiées, pour payer moins cher l’ensemble des opérations ; on estime qu’alors, chaque magasin en France pourrait recruter au moins deux personnes affectées à cette nouvelle économie circulaire.

 

 

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