Casino, Leclerc… La « grande distribution d’électricité » créera-t-elle des emplois ?

Laisser un commentaire

 Acheter son électricité dans son hypermarché : c’est l’offre que le groupe Edouard Leclerc compte bien proposer prochainement à ses clients. Une perspective innovante, puisque pour faire simple, on pourrait se fournir en énergie, tout en faisant ses courses. Dès l’automne prochain, le groupe vendra donc de l’électricité, avec la promesse d’une offre moins chère de 16% par rapport au prix du marché. Une économie qui se traduirait en bons d’achats que le client dépenserait ensuite pour faire ses courses… chez Leclerc. Ce dernier promet donc une énergie moins chère, mais aussi plus verte, et des créations d’emplois : Michel-Edouard Leclerc ne donnera tous les détails qu’en septembre, nous vous en reparlerons. Mais il annonce d’ores et déjà sur son blog la création d’au moins 200 emplois pour gérer cette nouvelle offre, et séduire 3 millions de clients dans les 7 prochaines années, soit 10% du marché : c’est en tout cas son objectif.

 

« Leclerc fait les choses intelligemment et au bon moment », estime un chercheur de l’université de Laval, au Canada, spécialisée dans les sciences de la consommation. « Partout, en France comme ailleurs, l’ouverture à la concurrence a déjà plusieurs années (2007 en France, ndlr), les consommateurs ont testé, et ils sont ouverts à la transformation, ils n’ont plus peur, et le mieux offrant aura sa clientèle, c’est sûr. Les consommateurs ont compris qu’ils pouvaient y gagner beaucoup d’argent sur une année pour un service équivalent, sans constater la moindre différence à l’usage. En France, c’est un marché de plus de 30 millions de personnes, et les fournisseurs alternatifs ont conquis leur propre publics, ils enregistrent une croissance annuelle de près de 4% et se partagent aujourd’hui presqu’un cinquième du marché hexagonal. Il y a donc de la place et du chiffre à faire, donc de l’emploi à créer, parce que cela nécessitera des embauches si l’enseigne veut être à la hauteur de ses promesses et assurer un service de vente et un service après-vente de qualité. Lorsque les grandes surfaces se sont mises à vendre des carburants, elles ont embauché, beaucoup et partout en France. Pour la vente d’une nouvelle énergie on observera forcément le même type de phénomène ». 

 

Confirmation de Michel-Edouard Leclerc aux journalistes : « les ménages doivent faire face à des dépenses d’électricité croissantes, il y a des marges de manœuvre pour leur proposer de meilleurs tarifs que ce qui se fait aujourd’hui, même chez les fournisseurs alternatifs. 2000 collaborateurs du groupe Leclerc sont donc en train de tester notre projet, avant une mise en service à la rentrée, ou en tout cas à l’automne prochain. C’est une stratégie qui va appeler des embauches, puisque nous créons une nouvelle entreprise de la grande distribution, qui se nomme Energies E.Leclerc. C’est une manière pour nous de nous diversifier, d’adapter nos stratégies, mais aussi démontrer que l’on peut sauvegarder et développer l’emploi en France. Le centre d’appel sera dans le nord, à Tourcoing, près de Lille ». Aujourd’hui, les fournisseurs d’électricité vendent tous leurs services à distance, sur internet ou par téléphone : le groupe Leclerc compte bien jouer la différence sur ce point, avec des points de vente physiques à l’intérieur de ses magasins. Il serait alors le seul à proposer la vente d’électricité en boutique, une idée qui séduit les clients nostalgiques du relationnel avec leur fournisseur.

 

Une bonne nouvelle, globalement, pour les personnels des magasins du groupe, qui totalise tout de même 127 000 salariés. « Le fait que les économies réalisées par les clients prennent la forme de bons d’achat signifie que chaque fois que nous gagnerons un client pour l’électricité, nous gagnerons aussi un client en grande surface. Ils feront le choix d’acheter chez Leclerc à la fois leurs produits de consommation courante et leur énergie, donc si les ventes d’électricité sont probantes et que nous atteignons nos objectifs de 3 millions de clients d’ici 2025, cela boostera mécaniquement les ventes en magasin donc le chiffre d’affaires, et l’emploi », se réjouit un syndicaliste. « Il y a 30 ans nous avons été pionniers de la vente de carburants en grandes surfaces, et l’effet levier sur l’emploi a été incontestable. Nous espérons assister au même phénomène avec l’électricité ».

 

« La grande distribution cherche de nouveaux relais de croissance : il y a les mariages avec la vente en ligne, et il y a ce nouveau souffle que représente le marché de l’électricité », analyse le Cercle des Economistes. « C’est une stratégie efficace pour séduire de nouveaux clients et fidéliser ceux qui existent déjà, tout comme les futurs consommateurs. La diversification, quand elle est réussie, est toujours bénéfique pour l’emploi. Or, EDF perd 100 000 abonnés chaque mois, qui sont donc des clients potentiels pour Leclerc et les autres.

 

Un autre géant de la grande distribution, le groupe Casino, s’est déjà lancé sur le marché de l’électricité en 2017, via sa filiale de commerce en ligne CDiscount. Le 12 juillet 2018, le groupe a publié son chiffre d’affaires semestriel : son parc d’abonnés a augmenté de près de 50% en 3 mois seulement : un succès tel que CDiscount devrait, dans la foulée, se lancer sur le marché du gaz d’ici la fin de l’année. « On a zéro dépense marketing, tout simplement parce qu’on a entre 2 et 4 millions de personnes qui viennent naturellement sur le site, et voient l’offre d’énergie, ils souscrivent directement tout en consommant en ligne pour le reste, donc cette économie là sur le marketing on la réinvestit dans les emplois : il a fallu créer tout un centre d’appel, par exemple, avec des téléconseillers », explique le directeur du site.

 

 

« C’est un secteur porteur, ces chiffres le prouvent : l’ensemble de la filière de l’électricité pourrait créer entre 30 000 et 50 000 nouveaux emplois au cours de la prochaine décennie », explique l’Observatoire de l’Industrie Electrique (OIE). « La consommation d’énergie a augmenté de 150% entre 1973 et 2008, quand l’électricité a supplanté le gaz et le charbon, et cela n’est pas fini. Avec la lutte contre le réchauffement climatique et les énergies les plus polluantes, les fournisseurs d’électricité ont encore de beaux jours devant eux, à condition de savoir se moderniser et s’adapter pour proposer un produit le plus propre pour la planète. En tout cas, on considère désormais que le marché de l’énergie représente plus de 25% des investissements de l’industrie, et représentera plusieurs centaines de milliers d’emplois dans les prochaines années, au fur et à mesure que de nouveaux acteurs apparaissent, comme la grande distribution aujourd’hui ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *