Bruno Lemaire : le plan du ministre de l’Economie pour l’emploi dans la grande distribution


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Lundi 9 décembre 2019, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire recevra à Bercy la filière automobile, pour laquelle il redoute « un carnage » dans les années qui viennent, à cause de la fin du diesel et du développement de la construction de voitures électriques, qui nécessitent moins de main d’œuvre et se content plus facilement d’une automatisation quasi à 100% de la chaîne de construction ; l’occasion, pour le ministre, de dévoiler son plan pour trois grands secteurs de l’économie française pour les années qui viennent : l’automobile, donc, mais aussi la banque et l’assurance, et la distribution. Dans tous les cas, un seul objectif : préserver l’emploi.

La différence notable entre ces secteurs, cependant, tient au fait que la grande distribution est peut-être le seul à avoir déjà « mangé son pain noir », avec des plans de restructuration déjà amorcés par la plupart des grandes enseignes depuis plusieurs années, et qui commencent à faire effet. Mais cela n’exclut pas de nouvelles turbulences dans les années à venir, en fonction de la conjoncture et donc, de la manière dont l’Etat compte aider à cette mutation, pour sauver le travail et les personnels. « Les hypermarchés doivent être accompagnés », explique Monsieur Le Maire. On en saura donc plus sur ses projets lundi.

« Le chiffre d’affaire global des hypermarchés a baissé de 3,3% entre 2010 et 2018, ce qui ne veut pas dire que les enseignes de la grande distribution ont perdu leur attraction auprès des consommateurs français : c’est le modèle qui ne plaît plus autant », explique l’Obsoco (Observatoire Société et Consommation). On l’a d’ailleurs souvent développé sur le blog, « aujourd’hui, un consommateur sur deux considère que les courses au supermarché relèvent de la corvée » ; désormais, le magasin très grand format, où l’on de trouve de tout mais où l’on se perd, où il y a foule le week-end, où il faut aller avec une voiture pour faire le plein des courses de la semaine, ce modèle n’a plus le vent en poupe. « Les consommateurs s’urbanisent et veulent de la proximité, du magasin petit modèle, tout confort, en bas de chez eux, où l’on trouve moins de choses mais plutôt du haut de gamme, où il y a une cafétéria, du vrac bio, et où on peut aller faire l’appoint tous les soirs à minuit si on en a envie », analyse un collaborateur de la Revue Economique. Mais quand on sait que ces nouveaux modèles privilégient les caisses automatisées, par exemple, comment sauver l’emploi ?

« C’est dans l’innovation et la stratégie que se trouvent les portes de sorties de la grande distribution », estime le DRH d’une grande enseigne. « Si certains postes comme les caisses sont automatisés, les clients veulent cependant aujourd’hui une expérience d’achat avec un esprit de proximité et de conseil ; les grandes enseignes font le choix d’automatiser les métiers qui peuvent l’être, mais il faut en même temps développer les services et le contact humain : des conseillers de vente dans les rayons, ce que nous appelons chez nous des employés libre service, mais aussi d’autres métiers, riches et variés, qui sont amenés à se développer : responsables de ventes secteurs – car l’expérience nous apprend aujourd’hui qu’au lieu du « tout, au même endroit », les clients reviennent à une préférence pour des magasins spécialisés, nous devons donc aussi nous serrer les coudes entre distributeurs pour sous-traiter certaines ventes de produits spécialisés, et récupérer la sous-traitance pour nos partenaires dans d’autres domaines, l’avenir de la grande distribution passera par les corner shop, j’en suis persuadé –  managers de magasins, managers de services supports -car le numérique est définitivement la clé de notre avenir, les ventes sur internet n’en finissent plus de se développer et cela n’est pas fini, c’est dans ce domaine là que nous devons embaucher à plein-, cadres pour nos services de gestion, des systèmes d’information, de logistique, autant de secteurs qui doivent suivre l’explosion des ventes sur internet… ».

En clair, des postes davantage tournés vers le digital et la logistique, mais aussi des postes à plus haut niveau de responsabilité : voilà comment pourrait se développer l’emploi de demain, dans la grande distribution, et dans la distribution en général. « Des postes à plus fort niveau de valeur ajoutée et donc à meilleure rémunération, aussi », estime un autre patron d’enseigne, dans le Nord de la France. « Peut-être moins nombreux, mais plus avantageux pour les salariés ; et encore, quand on dit moins nombreux, pas sûr…. Car la révolution numérique nécessite des embauches massives d’ingénieurs, de développeurs, de modérateurs, etc…. pour internet ».

L’autre secteur qui a le vent dans le dos et pourrait aider la grande distribution à se transformer, c’est, on l’a aussi déjà écrit sur le blog, tout ce qui concerne le bio, le vrac, le développement durable : « partout dans les grands magasins les rayons bio connaissent une croissance à deux chiffres, c’est désormais indiscutable que les consommateurs se tournent massivement vers un modèle de consommation plus durable, plus équitable, moins polluant, moins générateur de déchets, même les clients qui ont un plus petit pouvoir d’achat : il font le choix d’acheter moins, mais mieux, et ça, c’est nouveau et c’est une vraie tendance. Même si, à côté, vous avez des événements comme le black Friday qui rencontrent un vrai succès (surtout pour les produits de consommation moins courante comme l’électroménager), pour les produits du quotidien en revanche, c’est clair et net : le bio et le vrac sont deux secteurs tout à fait porteurs », estime l’Observatoire des Tendances. « Et ce sont des secteurs sur lesquels le client attend encore un vrai service de conseil et d’assistance au service, en magasins. Donc il faudra du personnel si ces rayons là sont amenés à se développer davantage dans les magasins ».

Quels aides le ministre de l’Economie a-t-il prévu d’annoncer lundi pour la grande distribution ? Correspondront-elles à ces évolutions possibles du secteur, qui permettraient de sauvegarder, voire de développer l’emploi ? Rien ne filtre pour l’instant, mais il y a fort à parier que ce seront des aides destinées à promouvoir l’emploi dans les nouvelles filières de la distribution : le numérique, et le développement durable : les grandes enseignes ont aussi beaucoup à faire pour développer la lutte contre le plastique, favoriser les matières durables, le recyclage, le développement de secteurs dédiés à la location ou à la revente, à l’économie circulaire plus généralement…. Autant de domaines qui permettraient de développer de nouveaux métiers, de nouvelles compétences, tout en répondant aux objectifs de la COP 2025 et aux engagements verts du gouvernement.

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