Salon de l’agriculture : les distributeurs reprochent à la FNSEA sa « désinformation »

Laisser un commentaire

Alors que le salon international de l’agriculture battait son plein ce week-end des 24 et 25 février 2018, porte de Versailles à Paris, les agriculteurs ont été, comme chaque année à cette époque, au cœur des médias : presse, radio, télévision et numérique confondus… ils étaient partout, et on n’entendait qu’eux. La veille de l’ouverture du salon, et les semaines précédentes, le plus grand syndicat agricole de France, la FNSEA, a multiplié les appels à actions pour exprimer la colère et le désarroi des agriculteurs sur divers sujets : redistribution de la carte des zones défavorisées, qui exclurait certains producteurs du sud-ouest des aides européennes ; projet d’accord commercial (Mercosur) avec plusieurs pays d’Amérique Latine, gros exportateurs de viande ; et aussi, la « guerre des prix » qui continue avec la grande distribution. La FNSEA accuse notamment les hypermarchés de faire courir un « danger de mort » aux agriculteurs français, et à toute la filière alimentaire.

 

Et Christiane Lambert, la présidente de la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles, en remet une couche ce dimanche 25 février 2018 dans le JDD (Journal du Dimanche) : « Les Etats généraux de l’alimentation ont fait le constat unanime d’un appauvrissement des filières à cause de la guerre des prix entre enseignes. Mais les distributeurs ne respectent pas leur parole de revalorisation de leur prix d’achat », déclare-t-elle dans l’hebdomadaire. « Les distributeurs créent des conditions extrêmement draconiennes, assorties de pénalités financières, en matière de logistique, livraisons, horaires et formats qui sont très difficiles à respecter. Si les industriels les refusent, ils sont déréférencés. Cela crée un climat de peur. Malgré la signature d’une charte de bonnes conduites en novembre par tous les acteurs de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la distribution, rien ne change. Il n’y a pas ou très peu d’augmentations consenties par les distributeurs, hormis pour le beurre et les produits laitiers, pour éviter les pénuries de l’an passé ».

 

« Il est temps que la FNSEA opère un rapide retour à la raison », répondent aujourd’hui les distributeurs, qui reprochaient déjà au syndicat, au début du mois de février 2018, une « campagne de désinformation ». « Les négociations commerciales entre producteurs, industriels et distributeurs se terminent à la fin du mois, le 1er mars 2018, c’est-à-dire dans quelques jours seulement…  c’est le moment idéal pour nous mettre la pression, alors que le salon de l’agriculture braque sur le monde agricole tous les micros et toutes les caméras… mais ce n’est pas fair play », analyse une source au sein de la FCD, la Fédération du Commerce et de la Distribution. « A entendre la FNSEA, les distributeurs sont tous des cyniques sans foi ni loi, qui n’ont pas d’autre intérêt que celui de leurs actionnaires et mènent une guerre des prix pour gagner toujours plus de parts de marchés. C’est pourquoi, dans notre communiqué du début février, nous condamnions déjà la désinformation systématique et les procès d’intention ».

 

La FCD rappelle, dans le texte, que les « déclarations péremptoires et orchestrées » gâchent l’état d’esprit « positif des Etats généraux de l’Alimentation », et sollicitent un « retour à la raison » contre les « positions caricaturales et d’un autre temps ». Elle s’engage par ailleurs, dans les négociations, à « privilégier les hausses des matières premières agricoles, c’est-à-dire celles qui signifient une véritable amélioration du revenu reversé aux agriculteurs ». La FCD souligne d’autre part que les négociations s’appliquent uniquement aux produits ayant subi une transformation, c’est-à-dire à peine 50% de ce que l’on peut acheter en rayons, et que ces négociations ne concernent pas les matières brutes et les marques de distributeurs. En clair, les produits agricoles non transformés sont exclus de ces négociations, ce que souhaite d’ailleurs rectifier la future loi sur l’alimentation. Dans le viseur de la FCD, donc, essentiellement les industriels, et en particulier les grands groupes laitiers qui ne jouent pas le jeu, et n’indiquent pas comme ils le devraient depuis la loi Sapin la quote part reversée aux éleveurs sur la vente du lait. Un « refus de transparence inacceptable : nous demandons à l’État d’opérer les contrôles nécessaires et d’appliquer les sanctions prévues par les textes », concluent les distributeurs.

 

Stéphane Travers, le ministre de l’agriculture, l’a de toute façon rappelé : « s’il y a des pressions pour faire baisser les prix et qu’elles pénalisent les transformateurs et les agriculteurs, nous ferons des rappels à l’ordre  afin que les engagements pris soient respectés ». Et de brandir la menace du « name and shame » : en clair, désigner les coupables pour qu’ils aient honte de leurs agissements. « Celui qui ne se comporte pas bien, nous aurons la capacité et la possibilité de dire publiquement qu’il ne s’engage pas ou ne respecte pas ses engagements. Mais nous aurons aussi des moyens à travers la loi, de le sanctionner : contrôles accrus par la DGCCRF, ou sanctions financières par exemple ».

 

« La distribution joue le jeu des Etats Généraux de l’Alimentation », répond la FDC le 23 février 2018. « Les résultats de la deuxième enquête de l’observatoire des relations commerciales font apparaître un taux de signature ou de conclusion des accords très élevé, entre 50 et 90% selon les enseignes, notamment pour les PME en régions ; une hausse constatée des tarifs sur l’ensemble des produits alimentaires à forte composante de matière première agricole, loin de la déflation évoquée de façon théâtrale par certains responsables des grandes multinationales industrielles.  Selon les produits, les hausses constatées se situent entre 0,7 et 2%. Les augmentations sont significatives, en particulier sur les produits laitiers. Concernant les produits de charcuterie, une part notable des contrats a déjà été signée (jusqu’à 60%).  Parmi ces contrats, une hausse des tarifs a, d’ores et déjà, été constatée. Ces éléments confirment l’esprit de responsabilité des enseignes de la FCD et leur volonté de respecter la charte et l’état d’esprit constructif des Etats Généraux de l’Alimentation ».

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *