Neige : les distributeurs victimes des intempéries

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Branle-bas de combat dans la plupart des enseignes de la grande distribution : ce mercredi 7 février 2018, environ 70% des hypermarchés français sont impactés par les intempéries et réfléchissent à la meilleure manière de faire face à la crise. En jeu, l’approvisionnement des magasins alors que la neige sème la pagaille sur les routes, bloque les transporteurs et leurs camions chargés de stocks, et dissuade les clients de prendre leur voiture pour faire leurs courses. Or, avec le mois de décembre et les ventes de Noël, les mois de janvier et février sont parmi les plus importants aussi pour les distributeurs, qui réalisent en moyenne 15 % de leur chiffre d’affaires annuel sur ces 60 premiers jours, avec les soldes jusqu’au 12 février pour les départements de l’est, jusqu’au 20 février pour le reste de la France, puis le lancement des nouvelles collections, sans compter le boom des ventes au milieu du mois liées à la Saint-Valentin. Des facteurs de croissance que pourraient doucher de piètres performances dues à des fermetures de magasins ou à des soucis d’approvisionnement, à cause des chutes de neige.

 

Le plus difficile à récupérer dans ces cas là ? L’alimentaire, selon le groupe Mulliez, qui gère notamment Auchan. « Les conséquences des fermetures et des ruptures de stocks peuvent être lourdes, et nous suivons la situation d’heure en heure », explique un directeur de magasin de l’enseigne, dans la région lilloise. « On s’adapte comme on peut ». Pour le secteur du jouet, qui réalise entre 50% et 75% de son chiffre d’affaires pendant la saison d’hiver, avec Noël puis les soldes, la neige fait peut-être rêver les enfants mais pas les commerçants ! « Une semaine de neige, c’est 0.5% croissance en moins sur le mois entier, c’est-à-dire que déjà, après deux jours, on peut considérer qu’on sera en deçà des 3% prévus pour février 2018, et plus proches des 2.5% si ça continue jusqu’à la semaine prochaine », explique un analyste de chez NPD Group, spécialiste des études de marché depuis plus de 50 ans. Mêmes conséquences pour l’habillement, qui ne peut réaliser une bonne année en termes de ventes que si les soldes d’hiver ont été fastes. Or, c’est pendant la troisième démarque, vers la deuxième moitié de la période de soldes, que se font les meilleures ventes… sauf, là encore, si les routes sont bloquées, les trains aussi, les camions de livraison pareil, et que pas un (ou une) client(e) n’ose sortir le nez de chez lui pour aller faire du shopping !

 

Même les ventes sur internet sont impactées : on pourrait penser, assez logiquement, que le consommateur va se reporter sur les sites de e-commerce pour commander sans sortir de chez lui et se faire livrer à domicile… et c’est ce qu’il fait, d’ailleurs. Sauf que, derrière, les conditions météo empêchent les distributeurs de répondre à la demande : « Nous traitons  un petit million de colis par jour en temps ordinaire, et environ 1,8 million pendant les soldes, un pic auquel nous savons faire face… quand la neige ne se met pas de la partie », explique un responsable logistique de la Poste. « Mais quand la météo complique comme aujourd’hui le travail des postiers et de toute la chaîne d’activité, en bloquant l’accès de certaines routes aux camions, et en retardant de très nombreuses livraisons, nous accumulons ensuite les problèmes techniques : les colis en retard s’accumulent, jusqu’à plusieurs centaines de milliers, les clients râlent, nous devons pour compenser prolonger les horaires de travail de nos agents jusque 20 ou 22 heures le soir, ouvrir même le dimanche si besoin, dédommager ceux qui ont été livrés vraiment trop tard, parce qu’ils sont dans des régions trop isolées par les chutes de neige pour qu’on puisse accéder chez eux, ce qui coûte de l’argent… A l’impossible, nul n’est tenu, bien sûr, mais en terme d’image, on essaie vraiment de limiter les dégâts. Les personnes justement très isolées dans ces cas là par les intempéries, comptent encore plus que d’habitude sur internet pour leur permettre d’avoir quand même ce qu’il faut pour tenir, sauf qu’au bout d’internet, il y a malgré tout un facteur avec une voiture, des pneus neige et de la bonne volonté, mais qui ne peut pas faire de miracles ! »

 

Pour limiter les dégâts, la plupart des enseignes offrent à leurs clients des bons d’achat à utiliser pendant les dates qui posent problème, afin d’essayer de préserver leur budget prévisionnel. Quelques dizaines de milliers de clients de chaque enseigne en bénéficieront sûrement cette semaine, mais cela ne permet généralement pas de rattraper l’intégralité des pertes. « Tout dépendra de la semaine prochaine », explique La Grande Récré. « Les épisodes neigeux s’observent de 12 heures en 12 heures, s’ils durent moins d’une journée ça va, ensuite ça s’aggrave avec le nombre de jours ; plus ça dure, évidemment, plus il faut décaler les livraisons, plus l’activité est compromise ». L’Ile-de-France, le Nord-Pas-de-Calais, l’Est sont particulièrement touchées, mais toutes les autres régions aussi pour une raison simple : « la région parisienne est une zone de transit pour de très nombreuses marchandises, entre le sud et le nord, entre l’est et l’ouest », explique le directeur logistique d’un très grand groupe de transport. « Les 24 heures qui arrivent vont être cruciales».

 

Les grandes enseignes attendent ce 7 février 2018 au soir pour dresser un premier bilan, qui sera vraisemblablement contrasté : les centres commerciaux de périphérie et les hypermarchés sont généralement les premières victimes de la désaffection des clients quand il neige fort. Alors que les consommateurs se rabattent sur les supérettes et les petites surfaces commerciales des centres-villes, qui en profitent plutôt. Les très grandes surfaces excentrées redoutent des baisses de fréquentation qui peuvent aller jusqu’à 25% quand les intempéries durent plus de 12 heures. « Un cauchemar quand on s’aperçoit que le chiffre d’affaires perdu ne sera pas récupéré », raconte ainsi un directeur régional de Nature et Découvertes. En attendant, certains centres commerciaux comme Vélizy 2, ouverts 24 heures sur 24 ont servi de centre d’hébergement cette nuit, pour les automobilistes en déroute…

 

 

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