Mariage Carrefour + Google : quels emplois à la clé ?

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Vous connaissez l’assistant vocal de Google, celui que vos enfants sollicitent quand ils veulent chercher sur internet une référence qu’ils ne savent pas bien écrire par exemple ? Celui qui a souvent réponse à tout même à ce qu’on ne lui demande pas ?! Vous connaissez aussi les rayons frais des magasins Carrefour près de chez vous ? Et bien dans un futur proche, les deux seront des alliés de votre quotidien, c’est en tout cas le vœu du géant du web et du distributeur français.

 

Il fallait absolument réagir, pour le secteur de la grande distribution, à ce que d’aucuns considèrent comme une invasion, celle d’Amazon, désormais partenaire de chacun d’entre nous pour trouver tout et n’importe quoi sur la toile, et être livré en un temps et pour un prix records. C’est chose faite : à partir de l’an prochain, il sera tout aussi possible d’aller piocher dans les rayons de Carrefour et d’être livré à domicile, en commandant directement via Google, grâce à votre enceinte dédiée, votre ordinateur, votre tablette ou votre téléphone portable. C’est l’annonce réalisée ce lundi 11 juin 2018, à la presse et au grand public, par les deux nouveaux partenaires, qui précisent que le commerce en ligne de demain, notamment celui qui permettra de faire ses achats par simple commande vocale, représente un marché de 34 milliards d’euros d’ici 3 ans à peine.

 

Carrefour avait déjà réalisé le même partenariat du côté de l’Asie avec Tencent, le géant chinois de l’internet, qui réalise un chiffre d’affaires de près de 20 milliards de yens et prospère notamment grâce à son appli, WeChat, et à ses systèmes de paiement électronique. Avec Google, c’est l’Europe et l’Amérique du Nord qui sont à portée de clic : « d’ici 2022 nous visons les 5 milliards d’euros de chiffre d’affaire, réalisés uniquement grâce à l’e-commerce alimentaire », explique la directrice de la transformation digitale du distributeur français. « En terme d’emplois, nous avons choisi de ne pas sous-traiter le process en amont et c’est Carrefour qui gardera la main sur la gestion de la préparation de commandes et des livraisons ».

 

L’accord devrait normalement déboucher, à court terme, sur des embauches dans la logistique et le transport du dernier kilomètre, mais aussi sur des créations de postes d’ingénieurs pour développer le partenariat numérique entre les deux groupes, au sein d’un nouveau laboratoire parisien : « ce type de transformation signifie moins de caissière mais plus de préparateurs de commandes, de caristes, de livreurs, ce que les distributeurs américains appellent aujourd’hui des associates », explique l’Observatoire des métiers liés à la transformation numérique. « Avec l’arrivée d’environnements technologiques nouveaux, les entreprises font évoluer la nature de leurs investissements. Ces technologies apportent des opportunités nouvelles pour les métiers et changent aussi la manière de gérer les postes et de travailler en entreprise ». Dans le rapport remis au gouvernement il y a six mois, et intitulé « automatisation, numérisation et emploi », les auteurs expertisent les choses ainsi : « La transformation numérique de l’économie et les progrès de l’automatisation alimentent une évolution du contenu et de la structure de l’emploi. Moins de 10 % des emplois existants présentent un cumul de vulnérabilités susceptibles de menacer leur pérennité, mais la moitié des emplois existants est susceptible d’évoluer, dans leur contenu, de façon significative à très importante ».

 

Pour le CEE, le Centre d’études pour l’emploi, « le secteur de la distribution vit une mutation perturbante pour ses acteurs sur le marché du travail, mais ces changements vont entraîner l’émergence de nouvelles fonctions et de nouveaux postes, et des métiers qu’on pensait condamnés à disparaître devraient même connaître une deuxième vie : dans les points de vente, c’est la fin d’une époque : terminée, la période où les vendeurs mettaient en rayon et encaissaient avec un ‘bonjour’ minimum ; les clients veulent désormais vivre une expérience quand ils achètent en magasin, de l’émotionnel, de l’interactivité, et une personnalisation maximale de l’acte d’achat. Du coup, si la caisse ou la mise en rayon risquent de devenir des métiers robotisés, le conseil, la relation client, la complémentarité avec ses habitudes sur internet vont devenir fondamentaux. En magasin, l’hôtesse aura de plus en plus pour mission d’établir un vrai contact avec le client, de l’accompagner, de lui parler, de connaître ses habitudes de consommation, ses manies, et même pourquoi pas, ses phobies ou ses allergies…. Un peu comme dans un hôtel de luxe ou le personnel connaît par cœur ses interlocuteurs, mais dans la dimension de la vente. Il y a des fonctions d’humanité que la robotique ne pourra jamais égaler, et ce sont ces qualités là que les employeurs chercheront de plus en plus au moment du recrutement dans la vente et la distribution ». Si elles investissent massivement dans le numérique, d’ailleurs, les entreprises du secteur de la grande distribution injectent aussi de plus de moyens dans la formation et le coaching, justement pour atteindre ce stade d’empathie que le client attend et désire de plus en plus aujourd’hui.

 

Autre domaine de compétences désormais recherché : l’ingénieur en logistique et en méthodes d’organisation, car il faut livrer de plus en plus vite et la commande doit être de mieux en mieux préparée. Là encore, selon les sociologues de l’emploi, le secteur logistique lié au commerce va privilégier de plus en plus les postes « cerveau », où l’humain devra accompagner le robot, qui lui se chargera des tâches pénibles et ingrates : « le logisticien de demain devra maîtriser les logiciels de commande des machines, l’intelligence artificielle, être capable de garantir une préparation de commande zéro défaut ; de la même manière que les chauffeurs devront savoir assurer une livraison zéro défaut, connaître les habitudes du client et savoir personnaliser le service pour fidéliser l’acheteur. Aujourd’hui, et demain davantage encore, le client attend quasiment qu’on sache ce qui se passe dans sa tête et ce qu’il attend au détail près, en matière de service lié à ses achats en ligne : un produit qui raconte une histoire, une préparation de commande personnalisée, avec le petit mot qui va bien, le papier de soie à ses motifs préférés, la box recyclable mais jolie, la livraison directement au bon étage, à un moment de la journée où sait qu’il est là parce qu’on connaît ses horaires de travail, etc… le luxe, mais sans le prix. Ce qui demande un effort d’adaptation immense aux distributeurs, mais c’est possible. En investissant dans les bons outils data et en formant le personnel derrière ».

 

Faut-il encore se destiner aux métiers de la grande distribution ? La réponse est donc oui, sans hésitation, pour les écoles spécialisées comme l’IAE Paris Sorbonne Business School : «  Aujourd’hui en point de vente physique, magasin ou grande surface, ce qui intéresse les employeurs c’est ce que l’on appelle les fonctions de category manager, un métier transversal qui se développe à vitesse grand V et représente un débouché assuré dans la distribution : le category manager est spécialiste d’une seule catégorie de produits, comme son nom l’indique, le frais, le vêtement, le multimédia, la déco, l’hygiène… mais il n’intervient plus seulement à un endroit de la chaîne comme le responsable de rayon par exemple, il intervient de A à Z, du premier au dernier maillon : il étudie le marché, les besoins des clients, les changements d’habitudes ; il gère les achats en conséquence, prospecte les fournisseurs, détermine la politique de prix, et s’occupe de tout jusqu’à la logistique la mieux appropriée au produit : le meilleur conditionnement pour le colis, les mots les plus appropriés pour s’adresser au client, le séduire, l’attirer, le remercier de sa commande ; le meilleur moyen de transport, le plus économique mais aussi le plus respectueux de l’intégrité du produit… Les distributeurs veulent aussi de plus en plus investir dans la gestion locale et personnalisée des demandes du client, pour pouvoir quasiment devancer ses besoins : étudier ses fréquences d’achat, et lui proposer ses produits préférés en promo au moment où on sait qu’il en aura à nouveau besoin… pour lui proposer, par exemple, des promos ciblées selon ses achats ».

 

 

Une réflexion au sujet de « Mariage Carrefour + Google : quels emplois à la clé ? »

  1. med

    créer un réseau personnel est peut être un moyen facile d’obtenir le premier emploi, mais pour construire ce réseau est peut être difficile pour certains Les gens sont non sociaux
    mais est la clé du succès pour tout ce que vous voulez non seulement des emplois,

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