Grandes surfaces : peut-être bientôt habilitées à vendre des médicaments, une bonne nouvelle pour l’emploi

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Nous vous en parlions déjà il y a quelques mois (voir l’article) et nous avions du flair : la perspective se rapproche ! Ce qui semblait impensable il y a encore quelques années devient quasiment une réalité, en tout cas une perspective concrète à moyen, voire à court terme…. L’Autorité de la Concurrence vient en effet de donner son feu vert à l’hypothèse d’une fin de monopole des pharmaciens sur les médicaments, et rend envisageable leur vente dans les rayons des grandes surfaces. Une bonne nouvelle pour l’emploi puisque, comme nous l’écrivions en septembre 2018, il y a des milliers de créations d’emplois à la clé.

 

« En fait, au départ, la bonne nouvelle était pour les pharmaciens puisque dans un premier temps ils se sont vu offrir la possibilité de délivrer certains médicaments normalement vendus sur ordonnance, sans prescription de médecins, pour des maladies sans gravité comme une angine, une sinusite ou une infection urinaire par exemple. Et puis l’Autorité de la Concurrence est venue s’en mêler en préconisant d’élargir cette possibilité à d’autres distributeurs comme les grandes surfaces et ainsi, d’augmenter le nombre d’acteurs utiles dans le secteur du médicament », analyse l’OMEDIT, l’Observatoire des Médicaments, des Dispositifs médicaux et de l’Innovation Thérapeutique.

 

D’après le Centre d’Etudes de l’Emploi, « ce n’est pas une mauvaise nouvelle pour l’emploi dans les pharmacies, parce que les clients sont très fidélisés dans ce domaine, ils ne changent pas facilement leurs habitudes et la majorité des consommateurs va chez un, parfois deux pharmaciens de leur quartier ou du quartier dans lequel est établi leur médecin traitant ; très peu sont « volages » avec leur pharmacien. En revanche, c’est vrai que pour ce que l’on appelle la bobologie, les affections sans gravité évoquées plus haut, les tests de dépistage, la contraception, le nécessaire à trousse de secours, l’aspirine, les médicaments de confort, etc…, on a tendance à entrer dans la première pharmacie qui passe pour acheter ce dont on a besoin au moment où on y pense. Sur ce créneau là, les pharmaciens continueront à bénéficier de la spontanéité d’achat des gens, habitués ou de passage, dans leurs officines. La seule différence, c’est que cette impulsion du consommateur sera désormais possible dans les grandes surfaces, qui en profiteront aussi, mais sans nuire aux autres acteurs du secteur ».

 

En clair, l’emploi devrait peu ou pas ressentir l’impact d’une telle mesure si elle était confirmée, alors qu’il devrait en subir les effets positifs dans la grande distribution, où tout est à faire : réaménager de vrais rayons, recruter des préparateurs et préparatrices, des vendeurs et vendeuses, et surtout des pharmaciens diplômés, condition sine qua non pour pouvoir obtenir l’autorisation de délivrance des médicaments. « En réalité, l’offre dans les grandes surfaces va venir compléter celle des pharmacies, et non la supplanter. Les pharmacies aussi connaissent un phénomène de désert médical, et ce sont les populations rurales qui sont pénalisées par la disparition progressive des officines classiques dans leur périmètre immédiat d’habitation », explique la directrice d’une ARS (Agence Régionale de santé).

 

Et d’ajouter : « C’est donc une nouvelle très positive pour l’emploi, puisque c’est l’aspect des choses qui intéresse vos lecteurs : l’emploi dans les officines restera stable, elles ont du mal à embaucher même et continueront à recruter dès qu’elles en auront la possibilité pour pouvoir répondre à la demande dans les centres-villes et les périphéries peuplées des zones urbaines ; en revanche, comme pour les médecins, la relève est compliquée dans les zones plus clairsemées en matière d’urbanisme et de population, et dans les départements franchement ruraux. Les pharmaciens qui partent à la retraite ne parviennent pas à trouver de successeur et de repreneur, et du coup, ferment définitivement leurs officines au moment de quitter la vie active. En revanche, quel que soit le secteur en France, le réseau des grandes surfaces est tel qu’il y en a partout. Où que vous habitiez sur le territoire, vous avez une grande surface à moins de 10 kilomètres de chez vous. Le fait qu’elles soient habilitées à vendre des médicaments, y compris des médicaments sur ordonnance sans prescription pour les pathologies légères, c’est une excellente nouvelle pour les populations victimes de ces déserts médicaux. Et il y aura une forte demande, donc de forts besoins en main d’œuvre pour servir les patients, donc des recrutements. Et puis certains pharmaciens passeront aussi des accords avec les grandes surfaces alentours pour y installer des corners avec leurs propres personnels, et devront donc aussi embaucher de nouveaux salariés ».

 

Une nouvelle qui va clairement dans le sens de l’offensive menée depuis plusieurs années par le groupe Lerclerc, qui avait déjà obtenu ainsi l’autorisation de vendre du carburant en grandes surfaces, puis celle de vendre des tests de grossesse. Pour le patron de l’enseigne, il ne serait pas logique de pouvoir vendre ce type de tests, et pas d’autres du même acabit. Avec des prix de médicaments qu’il promet de baisser de 15 à 20% dans ses magasins, Michel-Edouard Leclerc évoque un secteur porteur et un cercle vertueux : croissance, investissements, emploi. Voilà qui ne fait pas l’unanimité toutefois : pour l’USPO (Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officines), le risque c’est à terme, avec ce type de prix cassés dans la grande distribution, de pousser les pharmaciens classiques à mettre la clé sous la porte, faute de pouvoir suivre face à cette nouvelle concurrence. Quant à la ministre de la Santé Agnès Buzyn, elle a émis de sérieuses réserves sur l’hypothèse, et n’y semble clairement pas favorable. Rien n’est fait, donc. Mais les choses avancent, indéniablement.

 

 

2 réflexions au sujet de « Grandes surfaces : peut-être bientôt habilitées à vendre des médicaments, une bonne nouvelle pour l’emploi »

  1. leroy

    je ne suis pas du tout d accord avec cette analyse pour avoir travaillé avec des para Leclerc et aujourd’hui des pharmaciens . les clients n’ont pas le même accueil le même service, que chez Leclerc y compris les compétences . l amplitude horaires ne permet pas d’avoir des pharmaciens toute la journée . ce sont des metteurs en rayon rien à voir avec le vrai personnel de pharmacie . le service et les compétences vont se dégrader si cela se passent ainsi . concernant les corners je pense que les Leclerc ne feront pas de cadeau aux pharmaciens côté loyer ils seront exorbitant . le médicament va être banalisé et les risques augmenteront. Leclerc vise la rentabilité on verra si les compétences suivront ainsi que le bien vivre en entreprise les pharmaciens ne sont pas formatés pour la grande distribution ,du « marche ou creve » .

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  2. Poupette

    Cette analyse manque de pertinence : connaissez-vous une zone rurale en France, dans laquelle il y aurait une grande surface mais pas une pharmacie ?
    Les grandes surfaces s’installent uniquement là où il y a du monde.
    Les pharmacies s’installent au cœur des villages.
    Donc s’il n’y a pas de pharmacie, il n’y a pas de grande surface.
    L’argument des déserts médicaux ne tient pas la route.
    Par ailleurs, comment font les personnes âgées pour aller à la pharmacie lorsqu’elles ne sont plus mobiles ! Le pharmacien trouve une solution pour que leurs médicaments soient livrés.
    Les grandes surfaces livrent-elles les courses aux personnes âgées ?

    Les intentions sont bonnes mais attention à ne pas faire mourir les pharmacies des zones rurales. C’est déjà, aujourd’hui, très difficile de maintenir en vie une pharmacie dans les villages !

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