Réussir votre période d’essai dans la grande distribution et le commerce


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Souvent, la période d’essai dans un nouveau job n’est pas facile : nouveaux rythmes, nouveaux enjeux, stress, fatigue, angoisses…. Pourtant, tout nouvel embauché se doit de la réussir, faute de quoi il ne transformera pas l’essai et ne sera pas maintenu à son poste. Beaucoup de pression, donc, beaucoup de tension aussi….. Alors comment prouver que vous êtes le bon candidat et qu’on vous a embauché à raison ? Comment faire vos preuves, plaire au plus grand nombre et en particulier à votre hiérarchie et aux décideurs des RH ? Comment, car c’est tout aussi important, vous faire accepter par vos nouveaux collègues et vous intégrer dans l’entreprise ? Voici quelques conseils pour faire bonne impression dès les premiers jours, et continuer sur la bonne voie pendant les quelques semaines / mois prévus pour votre période d’essai. Car selon une récente étude, ils sont essentiels non seulement pour conserver votre poste, mais pour tout le reste de votre carrière dans l’entreprise : « car une étiquette est très rapidement collée sur les nouveaux arrivants, en revanche, elle est quasi impossible à enlever, ensuite », métaphorise un sociologue du syndicalisme et des relations professionnelles de l’Université Paris-Saclay. « En clair, vous serez très vite catalogué, et si on vous classe dans la mauvaise catégorie, les a priori négatifs seront ensuite quasiment indélébiles ».  

« Mon conseil, s’il n’y en avait qu’un seul à retenir, ce serait de faire le premier pas et de prendre l’initiative d’aller vers les autres, sur le nouveau lieu de travail », analyse l’AFPTO, l’Association Française de Psychologie du Travail et des Organisations. « Cela veut dire saluer l’équipe le matin, sourire quand on croise quelqu’un, être serviable et poli, aller vers les autres, amener des capsules de café ou un gâteau pour tout le monde, de temps en temps. De nos jours, dans les entreprises, et en particuliers les start-up ou les très grands groupes, et en particulier aussi dans les secteurs du commerce, de la distribution et de la logistique, tout va de plus en plus vite. Les cadences augmentent avec le rythme de consommation des clients, qui veulent acheter, être livrés, consommer, dans des délais de plus en plus courts et avec des exigences de plus en plus pointues (lieux de livraison, amplitude horaire, emballage, choix des produits….). Bref, ce sont des marchés sur lesquels tout s’accélère et du coup, en interne, pour les personnels de ces entreprises, on prend de moins en moins le temps de se voir, de se croiser, de se reconnaître ou de se parler. Les nouvelles technologies ont évidemment encore amplifié le phénomène puisque l’on ne se déplace plus d’un bureau à l’autre, on s’envoie un email, ou un SMS. Le contact physique, dans ces domaines d’activité ou la productivité et l’efficacité sont directement liées à la vitesse d’exécution, tend à s’effacer au profit du contact virtuel. Ce qui change radicalement la donne pour les nouveaux arrivants, les tout juste embauchés : l’intégration est plus difficile, car on identifie moins vite les gens quand presque tout passe par le téléphone ou internet. Autre phénomène, aussi : avec la virtualisation des contacts dans l’entreprise, les collectifs peuvent aussi être moins puissants, en tout cas d’un point de vue physique, sur le lieu de travail. Ou, quand ils existent, les petits groupes de collègues solidaires entre eux et soudés sont plus fermés, plus difficiles à intégrer, plus méfiants du ’nouveau arrivé’. Résultat : pour réussir sa première semaine, il faut réussir à se faire, malgré tout, remarquer, dans le bon sens du terme. Que les collègues de votre entourage professionnel immédiat sachent qui vous êtes, comment vous vous appelez, quel poste vous avez pris, et qu’ils aient compris que mieux vous vous intégrerez, mieux ce sera aussi pour eux, car votre nouveau job a directement une incidence sur le leur. Essayez, aussi, de nouer un contact un peu privilégié avec un collègue présent dans l’entreprise depuis longtemps, qui pourra vous aider à vous repérer, à vous orienter et à prendre vos marques. Et qui aura pour rôle de vous ‘introniser’ efficacement auprès des autres ».

Autre conseil, très important : trouver la bonne nuance dans vos premiers rapports avec votre nouveau patron, votre nouveau chef de service, vos supérieurs hiérarchiques directs et, plus globalement, tous les N+1 ou +2 qui auront à jouer un rôle direct dans votre évolution de carrière et les prises de décision vous concernant. « C’est peut-être le plus délicat, car il faut trouver le juste milieu entre en faire trop, et pas assez », explique l’Association Française du Coaching Professionnel. « Et en premier lieu, demandez un rendez-vous de premier contact, à votre arrivée sur votre nouveau lieu de travail, formel (bureau) ou informel (cafétéria), d’ailleurs, pour discuter avec lui de ce qu’il attend de vous, de ce que vous attendez de lui, et échanger sur votre vision réciproque de ce qu’est une période d’essai réussie. Il faut que vous démarriez avec une idée précise des critères qui vont justifier, à ses yeux, de vous garder au terme de cette période d’essai. Ils constitueront votre feuille de route et des repères pour avancer dans la bonne direction tout au long de cette première semaine, de ce premier mois, de ce premier trimestre ou semestre ».

Parallèlement à cette prise de contact essentielle avec votre hiérarchie, faites de même mais cette fois, avec les équipes dont vous avez le management, si vous avez été embauché à un poste de cadre : ce premier contact sera déterminant pour toute la suite de vos relations avec elles : comment vous échangez (style direct, familier, ampoulé…) ; cloisonnement strict du privé et du professionnel ou amitiés possibles en dehors du travail ; exigences sur les horaires, la ponctualité, l’assiduité, etc…. ou flexibilité sur ces questions ; télétravail ou travail posté, respect des calendriers et des cahiers des charges, rapport au client, etc…. « Tout ce que vous mettrez en place dans les premiers temps de votre prise de fonction donnera le tempo pour la suite de votre mission », explique l’AFCP. « Si vous êtes cadre, cela permettra à vos subordonnés de comprendre ce que vous attendez d’eux et quel type de management vous pratiquez ; si vous êtes subordonné vous-même, cela permettra à vos managers de voir quelles sont les qualités pour lesquelles il peut clairement compter sur vous, et de retenir vos points forts. Dans les deux cas, les règles explicites comme les règles tacites seront bien claires pour tout le monde et les rapports en seront harmonisés ».

« Ce qui fera qu’une période d’essai est réussi aux yeux d’un recruteur, c’est le sentiment d’adéquation entre la personne qui lui a plu à l’entretien d’embauche, et la personne qui arrive sur le lieu de travail pour prendre le poste décroché », estime l’EMCC France (European Mentoring and Coaching Concil). « Pour utiliser une métaphore pas très élégante mais très parlante, celui qui vous a recruté n’a pas envie de s’apercevoir qu’il s’est fait avoir sur la marchandise. Vous avez mis en avant des compétences, pendant votre entretien d’embauche, vous vous êtes ‘vendu’ d’une certaine manière, la période d’essai doit en être le parfait reflet, la preuve d’une promesse réalisée, aux yeux de votre nouveau patron.  Donc, la règle d’or, c’est : prouvez que le recruteur a eu raison de vous embaucher, faites ce que vous avez dit que vous alliez faire, démontrez que votre valeur est réelle ». Et gardez une preuve de tout ce que vous avez fait pendant cette période d’essai, des missions relevées brillamment, des compliments qu’on vous a faits, ou au contraire des remarques moins positives, pour savoir ce sur quoi vous devez progresser, ce sur quoi on vous a apprécié, et l’avoir en tête à la fin de la période d’essai : cela vous permettra de justifier du travail accompli, des progrès effectués, et de défendre votre bilan tout en négociant mieux les conditions salariales de votre recrutement définitif, voire l’intitulé de votre poste.

Dernier conseil, très important : trouvez, comme pour les relations avec vos nouveaux chefs, collègues, N-1, le bon dosage pour votre manière de communiquer sur les réseaux sociaux : montrez que vous êtes heureux de commencer ce nouveau job, mettez à jour vos diverses informations de profil, postez de temps en temps pour montrer que vous restez content / motivé / que vous vous intégrez bien à l’équipe, mais pesez toujours les mots (ne soyez jamais grivois / insultant / pas de sous-entendus déplaisants ou d’humour gras, etc…. ) mais n’en faites pas trop : un nouvel arrivé qui inonde les réseaux sociaux de posts va donner le sentiment d’être intrusif, de vouloir forcer l’intégration, d’en faire trop, de se prendre pour ce qu’il n’est pas, etc…. « C’est vraiment, comme le reste, une question de nuance à trouver. Montrer qu’on est là et bien là, mais sans devenir encombrant, en résumé », explique l’Observatoire de l’Insertion Professionnelle de Sciences Po, à Aix-en-Provence. « Ne pas trop trompéter alors qu’on est le petit nouveau, mais prouver qu’on est sociable, qu’on s’est bien fait accepter du groupe et que les choses vont bien se passer. Il faut la même retenue bien dosée sur les réseaux sociaux que pour les vêtements, si vous voulez une comparaison concrète : on n’accueille pas de la même manière un type qui arrive en costume trois pièces dans une entreprise où tout le monde est en jean tee-shirt-baskets, et inversement. Il faut s’adapter aux codes numériques de l’entreprise sur les réseaux sociaux, comme on s’adapte au code vestimentaire de ses collègues au sein de sa nouvelle boîte. Et tout est à l’avenant ! Doser, doser, doser, c’est le secret : ne pas raconter l’intégralité des dix dernières années de sa vie privée la première semaine, ne pas donner le sentiment d’être collant avec les collègues que vous apprécierez le mieux, toujours vérifier qu’ils sont disponibles avant de les déranger… des réflexes de base à toujours respecter, surtout dans les premiers temps de votre nouveau travail ».   

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