Les récentes rumeurs d'emplois menacés chez Castorama, et celles de postes non moins menacés chez Carrefour font-elles craindre des licenciements massifs dans la distribution ? On peut s'interroger sur ces évènements nouveaux, qui font figure de bouleversements sans précédents.
(suite de la Home Page)
Beaucoup s'accordent à penser que nous entrons dans le dur de la crise. Tous les indicateurs virent au rouge, à commencer par le seuil de 3 millions de chômeurs que vient de franchir la France. La politique d'austérité que développe à juste titre l'ensemble des pays européens pour redresser leur dette publique ne permet pas d'envisager une relance par la consommation, ni à l'interne, ni par les exportations. L'appareil productif français, disparu dans certains secteurs, ou en voie de disparition, comme la sidérurgie, ajouté à la surcapacité dans d'autres secteurs tels que l'automobile, ne permettent pas d'imaginer une sortie de crise rapide. Les impôts augmentent ou augmenteront, en particulier chez nous la CSG et probablement la TVA, seuls impôts de masse permettant de récolter beaucoup en répartissant quelques centaines d'euros par an sur l'ensemble de la population, des plus riches aux moins aisés. Le premier ministre a beau nier l'évidence, si ça n'est pas pour 2013, histoire de ne pas décourager trop vite son électorat, ce sera pour 2014. Le pouvoir d'achat des familles, déjà malmené, va inéluctablement s'en ressentir. La consommation va stagner, voire régresser, d'autant que les périodes de crise sont depuis toujours en France l'occasion de voir l'épargne s'accroître, par peur du lendemain.
Partant de ce constat, les grands groupes de distribution se posent sans doute à raison la question de leur compétitivité. On le sait, les crises présentent nombre d'inconvénients mais au moins un avantage, celui d'être le moment idéalement opportun pour envisager et faire passer des réformes qui en temps normal ne pourraient se faire simplement.
Jusqu'à présent, seule l'industrie nous avait habitué à optimiser leur compétitivité en dégraissant les effectifs. Le phénomène dans la distribution est nouveau. Depuis les années 70, l'expansion et le turn-over naturel ont toujours permis d'absorber les fluctuations de la consommation. Il n'y avait jamais eu de départs massifs tels que certains les envisagent aujourd'hui.
Pour autant faut-il craindre réellement des plans sociaux, au sens où la législation l'entend, avec ses contraintes et ses injustices ?
Je ne le crois pas pour deux raisons essentielles :
1 - La législation française impose des contraintes drastiques aux entreprises.
Le formalisme imposé par la loi est tel que toute autre solution est meilleure que celle-là. Ainsi, le tribunal de grande instance de Meaux vient-il d'annuler le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) chez Conforama, qui prévoyait 288 suppressions de postes dans une de ses filiales. De plus, la loi met l'entreprise plus ou moins sous surveillance des institutions, et aucun DRH n'aime voir ces yeux extérieurs constamment braqués sur eux.
En outre, un plan social doit se justifier, soit par des baisses importantes de chiffre d'affaires, soit par des résultats plongeant dans le rouge. Nous n'en sommes fort heureusement pas là.
2 - L'annonce de plans sociaux a un effet désastreux sur l'image d'une enseigne.
La distribution s'adresse directement au grand public, contrairement à l'industrie. Les clients deviennent vite soupçonneux, imputant trop rapidement tel ou tel dysfonctionnement dans un magasin aux réductions d'effectifs. La désertion guette. Le chiffre d’affaires en pâtit. Il est extrêmement difficile ensuite de redorer une image ternie par ce qui peut facilement passer pour des abus capitalistiques ou des licenciements boursiers.
Alors qu'en sera t-il ?
L'exemple de Conforama est un peu à part puisque l'enseigne a été rachetée à PPR par le groupe de distribution sud-africain Steinhoff, plus éloigné de cette importance de l'image.
Il est probable que, partout où le besoin s'en fera sentir, les distributeurs songeront à diminuer leur premier poste de coût, à savoir les frais de salaires.
Néanmoins, l'exercice a ses limites, car cette réduction d'effectif ne peut se faire que jusqu'au point où on ne dégrade pas la qualité de service. Or la distribution, e-commerce mis à part, est avant tout un secteur de main d'oeuvre, avec des populations incompressibles attachées aux points de vente. C'est donc principalement dans les sièges sociaux, qui ont eu tendance à gonfler durant la dernière décennie, que les salariés pourront craindre des restructurations. Elles se feront très probablement en douceur, en évitant au maximum les remous, avec des départs volontaires accompagnés, ou des retraites non remplacées.
Dans les magasins, le turn-over naturel permettra sans doute de faire des économies ici ou là, en ne remplaçant pas des vacances ou des salariés malades. Il est peu probable que des licenciement massifs puissent se produire où que ce soit.
En tout état de cause, il est clair que la crise affectant tous les pans de l'économie, la réduction d'effectifs touche la distribution de façon significative pour la première fois de son histoire. Souhaitons que les quelques années difficiles qui sont devant nous n'aggravent pas ce phénomène.
P.H. |