Le 4 septembre dernier, le gouvernement a remis aux partenaires sociaux un document d'orientation sur le contrat de génération. On rappelle le principe : maintien de l'emploi des seniors âgés de plus de 57 ans tout en embauchant en CDI un jeune de moins de 25 ans. Coût : 8 milliards d'euros. Cette mesure est-elle vraiment de nature à relancer l'emploi ?
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Comme tous les gouvernements dans le monde occidental, le gouvernement français est fébrile devant la montée du chômage. Les préoccupations électoralistes de court-terme l'emportent sur les mesures de fond qu'il faudrait pourtant entreprendre d'urgence afin de réformer l'état français et résorber la dette.
Certes, l'emploi des jeunes en CDI est de plus en plus tardif : 23 % des jeunes de 15 à 24 ans sont au chômage en France contre 8 à 9 % en Norvège, aux Pays-Bas ou en Allemagne.
Encore faut t’il s'accorder sur les chiffres car selon la base qu'on prend, les chiffres sont tout à fait différents. Si on compare le nombre de jeunes sans emploi à la base de ceux qui sont effectivement en recherche d'emploi (non compris notamment les étudiants), le taux de chômage est bien de 23 % pour la France. Si on le compare en revanche au total de la tranche d'âge, le taux descend à 8,7 %, ce qui est logique.
Le schéma ci-dessous, issu des statistiques de l'organisation internationale du Travail illustre bien ce phénomène. On voit par ailleurs que la France se situe dans le ventre mou des pays peu performants, très loin derrière l'Allemagne ou le Japon et fort heureusement loin devant l'Espagne ou la Grèce, où le taux de chômage des jeunes atteint près de 50 % !

D'un autre côté, la situation des seniors est paradoxale. En effet, les statistiques internationales se fondent de façon normative sur la tranche des 55 - 64 ans. Compte tenu du fait que l'âge officiel de la retraite en France était à 60 ans jusqu'à ces dernières années, les comparaisons avec les pays étrangers sont d'emblée faussées. Ainsi, le taux de chômage des 55-64 ans est en France de l'ordre de 6 à 7 %, tandis que le taux d'emploi n'est que de 45 %. Ceci s'explique par le très faible taux d'activité des 60-64 ans (18 % en moyenne contre 33 % au niveau européen).
Reste donc le coeur de notre sujet, le contrat de génération.
On prétend donc maintenir dans l'emploi un senior contre l'embauche d'un jeune, moyennant des avantages financiers (4000 euros à l'année dans les entreprises de moins de 300 salariés. Pour le détail, se reporter au document d'orientation)
Or on le sait bien, le contexte économique n'est pas favorable, et ne va pas revenir avant plusieurs années. La crise est bien installée, tous les chiffres le confirment. (Voir à ce propos le top des distributeurs mondiaux, que nous avons actualisé et qui illustre cette triste réalité, y compris pour les plus grands groupes)
Quelle attitude tenir dans les entreprises ? La France ne crée en moyenne des emplois qu'à compter de 1,5 % de croissance. En deçà de ce seuil, on ne fait qu'améliorer la productivité, sans création d'emploi, dans le secteur marchand, s'entend, puisque l'emploi public est subventionné par vos impôts, et par.. la dette.
Par ailleurs, l'âge de la retraite étant progressivement reculé, les seniors, qui n'hésitaient pas à se faire mettre au chômage à 3 ans de la retraite à 60 ans, y réfléchissent à 2 fois avant d'envisager cette éventualité. Il faut en effet "tenir" plus longtemps au chômage. Exit donc les belles années de nos anciens, où on les faisait partir à grands coups de retraite anticipée à partir de 54 ans !
Les entreprises, qu'elles aient le choix ou non, vont donc conserver leurs seniors, dont le coût salarial est par nature plus élevé que celui d'un jeune.
Dans un contexte déprimé, comment dans ce cas envisager l'embauche d'un jeune frais émoulu et inexpérimenté, tout en conservant le senior ? Le surcoût est évident, aide de 4000 euros annuels ou pas.
Système une fois de plus imaginé par nos politiques, trop déconnectés de la vie réelle. Hormis l'effet d'aubaine inévitable (les entreprises qui devaient de toute façon recruter en profiteront), ce gadget à 8 milliards d'euros ne créera pas ou peu d'emplois.
On ne le dira jamais assez, seule la croissance des entreprises crée de l'emploi. Depuis 1929, on sait que le système est lié au niveau mondial. Les politiques auront beau s'agiter dans tous les sens avec des mesurettes coûteuses, rien n'y fera, ... hélas.
P.H. |