La distribution, particulièrement la grande distribution alimentaire, a pour réputation de réclamer beaucoup d'heures de travail, bien au delà d'un horaire théorique d'environ 42 heures par semaine pour les cadres. A cela vient s'ajouter le principe de permanence.
(suite de la Home Page)
Les contraintes horaires qu'impose la grande distribution ne sont pas une légende. Le matin, il est nécessaire de remplir les rayons dès 5 heures pour espérer avoir un magasin plein à l'ouverture, vers 8h30 / 9h. De même, le soir, les magasins ferment rarement avant 21 heures quand ce n'est pas 22 heures, et ce, 6 jours sur 7. Certaines dérogations permettent même d'ouvrir le dimanche matin (tant que l'ouverture des dimanches n'est pas autorisée par un gouvernement irresponsable). A cela se rajoutent l'ouverture certains jours fériés et quelques dimanches par an, autorisés par la préfecture.
Il est clair dans ces conditions que si la présence des employés paraît évidente (caisses, rayons à service), la présence d'un cadre ayant la responsabilité du magasin reste nécessaire, pour les encadrer (les surveiller ?) et assurer la responsabilité d'un encadrement vis à vis des tiers. C'est le système dit des "permanences".
Deux cas de figure s'opposent : les grands magasins, qui disposent de nombreux cadres peuvent se permettre d'instaurer un système "matin" "soir" avec 2 permanences par jour, sans que la fréquence des permanences soit trop élevée pour chaque cadre. Dans les petits magasins, au contraire, cette fréquence devient si élevée qu'elle est insupportable et qu'un autre système est généralement en place.
Le cadre de permanence arrive avec les premiers employés le matin à 5 heures, et occupe sa fonction d'encadrant, de contrôleur des retours à l'accueil, de surveillance générale, de représentant de la direction à l'égard des clients (outre bien entendu son propre travail) et ce jusqu'à 14 heures. On pourrait considérer qu'il a déjà là une journée de travail non stop de 9 heures bien remplie. Eh bien non : il a droit à une coupure jusque vers 17h30 / 18 heures, et revient au magasin pour assurer la fermeture, ce qui le fait partir entre 20mn et 1/2 heure après la fermeture effective, le temps d'attendre la clôture en caisses, de faire un tour rapide du magasin, voire des frigos, et de mettre en route les alarmes pour la nuit. Ouf!
Voilà donc une belle journée de ... 13 heures de travail, qui ne respecte ni les principes d'amplitude de jour ou de nuit, ni le temps de travail journalier et à cet horaire se rajoute bien sûr celui du reste de la semaine. De plus, en province, les salariés peuvent généralement rentrer chez eux, mais rarement en région parisienne. A cela vous me rétorquerez à juste titre qu'un cadre ne doit pas compter son temps et qu'il doit d'organiser au mieux son temps pour optimiser sa productivité.
Certes oui, mais le système de permanence est "obligatoire" et n'offre aucune dérogation. Elle ne dépend pas de l'organisation du cadre mais bien de celle de l'entreprise. Ainsi, un cadre absent doit toujours être remplacé par un autre, quelles que soient les circonstances. Tout cela est sur le fond légitime, pour des problèmes élémentaires de sécurité et de fonctionnement, sauf que, et c'est là le point clé, les permanences ne sont la plupart du temps PAS rémunérées ! Elles entrent pudiquement dans le forfait global des heures de travail des cadres et tant pis si ça dépasse.
Il y là manifestement une anomalie, sur le plan du droit social, de l'éthique et même du respect des salariés. Personne ne semble s'en préoccuper, que ce soient les syndicats ou l'inspection du travail.
Il est pourtant temps qu'une conscience s'élève pour dénoncer cet état de fait qui perdure depuis 40 ans. Je ne suis pas partisan de la dénonciation à tous crins du vilain patronat qui exploite ses gentils salariés. En effet, ce sont en tout état de cause les patrons, les entrepreneurs, qui créent des emplois et de la richesse, y compris pour les cadres. Reste que le principe de la permanence, s'il vient s'ajouter inconsidérément au temps normal de travail, et partant du fait qu'il est obligatoire, devrait porter compensation financière ou tout au moins aménagement du temps de travail. J'espère être bientôt entendu !
P.H. |