Début Avril, Georges Plassat, ex-patron de Casino puis de Vivarte, a pris ses fonctions à la tête de Carrefour, même si officiellement il n'en sera le PDG qu'en juin prochain. A 63 ans, cet ancien élève de l'école hôtelière de Lausanne a désormais la lourde tâche de redresser la barre d'un bateau devenu incontrôlable depuis plusieurs années.
Carrefour perd régulièrement des parts de marché, face notamment aux indépendants (Leclerc, Intermarché, Système U) qui tous trois en regagnent de façon continue, en partie sur son dos. Est-ce la prime à la réactivité au regard du "Mammouth" qu'est devenu l'entreprise ? On peut se poser la question en observant malignement que les frais de structure centrale sont passés en quelques années de 1,5 à 3,5 % du chiffre d'affaires, ce qui sur 90 milliards d'euros représente une somme fort coquette.
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Avant sa prise de fonctions et contrairement à son habitude, G. Plassat n'a pas débarqué à l'improviste dans des réunions stratégiques. Il a en revanche soigneusement commencé à établir un diagnostic de l'entreprise en visitant un certain nombre de magasins, en France comme à l'étranger, et en multipliant les consultations auprès de cadres-clé dans l'entreprise. Ce vrai commerçant a le souci du détail et ceux qui l'ont approché saluent son sens aigu de l'exécution. Amateur de bons mots, volontiers bavard sur lui-même, il a le sens de la décision malgré, lit-on ça où là, une vision stratégique un peu courte. Il aurait ainsi tardé à opérer des mutations importantes chez Vivarte, telles le lancement de l'e-commerce, l'expansion à l'étranger ou le rachat de marques haut de gamme.
Une des clés du succès du redressement attendu de Carrefour résidera sans aucun doute sur la relation entre les actionnaires principaux, le groupe Arnault et Colony Capital, dont la moins-value latente s'élève à plusieurs centaines de millions d'euros, et le nouvel arrivant. La pression de Bernard Arnault et Sébastien Bazin (Colony Capital Europe) sur Lars Olofsson aurait fait commettre à ce dernier des erreurs stratégiques graves, comme celle de la cession de Dia ou l'intention de cession de l'immobilier, stoppée à temps. G.Plassat, qui après tout ne sera qu'un salarié face aux actionnaires tout puissants, saura t-il imposer ses vues et surtout voir juste ?
C'est tout le problème de cette entreprise, qui a multiplié les PDG milliardaires à foison, modifié ses stratégies à court terme, tenté de réinventer l'hypermarché avec le concept Planet sans en mesurer le coût réel, ce qui a conduit à son... abandon ! Faute d'une véritable vision stratégique, l'entreprise a glissé progressivement vers un état comateux dont rien ne semble pouvoir l'en extirper.
La recentralisation des différents formats de l'enseigne sous la seule dénomination "Carrefour" était pourtant une excellente idée, porteuse d'un projet commun, d'une image unique et d'un esprit d'entreprise retrouvé. Car le problème essentiel n'est-il pas, au fond, de redonner à l'ensemble des cadres de Carrefour une motivation nouvelle que nombre d'entre eux ont perdue ? Déboussolés par les changements de stratégie, par la perte de l'esprit commerçant et de ce fameux 1/4 d'heure d'avance que Carrefour s'enorgueillissait d'avoir sur ses concurrents, la fierté d'appartenance au groupe semble avoir disparu.
Les initiatives déconnectées de la réalité du terrain, comme symptomatiquement celle de la "ligne bleue", concept intellectuel visant à réduire l'attente aux caisses sans s'en donner les moyens (les moyens étant en réalité la disponibilité des cadres qu'on appelle à la rescousse pour ouvrir une caisse), et qui vient lui aussi d'être abandonné, ont découragé peu à peu l'encadrement des magasins.
Sur le marché du travail, le CV d'un cadre de Carrefour est d'ailleurs de moins en moins reconnu, souffrant d'une image dégradée de professionnalisme et d'absence de dynamisme. C'est paradoxal quand on appartient au second groupe mondial !
La tâche pour Georges Plassat s'avère donc immense, espérons à la hauteur de sa rémunération (lire ici la reproduction du communiqué officiel) pour laquelle on peut déjà s'étonner que des primes seraient versées en 2012 avec des conditions de performance en dessous des objectifs. Certes l'héritage est celui du prédécesseur, mais les cadres apprécieront.
Pour la sauvegarde des emplois de 470.000 salariés et la reconquête de son marché, souhaitons cependant sincèrement à Monsieur Plassat un vrai succès dans son apport à l'entreprise. Si le droit à l'échec faisait partie des valeurs de Carrefour, cette fois-ci l'échec n'est pas permis.
P.H. |