135 000 à 251 000 emplois seront créés dans la distribution d’ici 2030 selon l’étude sur les secteurs porteurs dans les 20 prochaines années publiée la semaine dernière par le Centre d’analyse stratégique (CAS). Mais de quels emplois s’agit-il ?
Avec l’hôtellerie / restauration, la distribution serait l’un des principaux secteurs créateurs d’emplois dans les 20 prochaines années. Entre 135 000 et 251 000 créations de postes. Et ce, quels que soient les scenari économiques retenus. « Dans la distribution, ce sont le commerce de gros et le commerce de détail qui contribuent le plus aux créations d’emplois. Ils pèsent respectivement pour un tiers et la moitié des effectifs du secteur », souligne Céline Jolly, l’auteur du rapport du CAS.
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Ces activités sont en fait protégées par la proximité de la demande finale. Le développement des commerces de proximité de plus petite taille et l’élargissement des horaires d’ouverture impliquent la présence d’un personnel plus nombreux. Dans le même temps, le développement de l'e-commerce est plutôt défavorable à l’emploi dans le secteur car basé sur une rationalisation des modes de gestion de vente.
Pourtant la distribution devrait continuer à créer plusieurs dizaines de milliers de postes. Mais de quels emplois s’agit-il ? En fait, tout va dépendre de l’évolution de la conjoncture économique.
Dans un « scenario cible* », la qualité devrait primer sur la quantité (135 000 emplois crées d’ici 2030). L’accélération technologique et les gains de productivité sont en général favorables aux emplois qualifiés. « Pour vendre, les enseignes et même les marques parient sur le développement de services associés à leurs produits. Pour cela, elles ont besoin de main d’œuvre qualifiée », explique Céline Jolly.
A l’opposé, dans un « scenario de crise** », c’est la quantité qui l’emporterait sur la qualité des jobs. Le CAS estime que la distribution pourrait générer plus de 250 000 emplois en 20 ans. La hausse du coût du capital favorise les petites enseignes bas de gamme à turn over élevé et encourage les stratégies offrant un service minimum de vente de produits importés à bas coûts. « En période de crise, le hard discount reprend toujours du poil de la bête car les consommateurs, dont le revenu diminue, font un arbitrage immédiat sur les produits de consommation courante », précise-t-elle.
Bilan de l’opération : on assisterait à une précarisation renforcée du secteur avec des emplois, certes plus nombreux, mais nécessitant de faibles qualifications et routiniers. Le « scenario contraint*** » envisagé par le CAS est en fait un mix des deux extrêmes et pourrait engendrer 138 000 créations d’emplois d’ici 2030. Evidement, tout ceci n'est qu'hypothèse.
* le scénario cible, volontariste, envisage l’évolution de l’économie française vers un nouveau modèle de croissance à fort contenu en innovation, une orientation plus servicielle et une modification éco-responsable des comportements de consommation et de production, appuyé par des politiques publiques et une stabilité macroéconomique retrouvée.
** le scénario de crise décrit une situation de dégradation de la compétitivité européenne sur les marchés extérieurs et de contrainte financière accrue pour les agents économiques.
*** le scénario contraint anticipe des évolutions médianes dans un contexte incertain, en tenant compte des réactions déjà constatées des secteurs dans la crise.
S.L. |